La Régularisation de la prise en charge des urgences dans les hôpitaux, une urgente nécessité

Le colonel Charles Mikoungui, administrateur de l’hôpital général des armées de Pointe-Noire, sait de quoi il parle. Dans cet article paru dans « La Semaine Africaine » du 2 juillet il nous décrit trois cas d’école.

La Régularisation de la prise en charge des urgences dans les hôpitaux, une urgente nécessité

La prise en charge des urgences dans les hôpitaux est plus que jamais une nécessité urgente dans nos établissements hospitaliers, eu égard à l’observation de certaines réalités vécues au quotidien dansnos hôpitaux. Des faits ressassés ci-dessous témoignent, avec éloquence, de cette urgente nécessité.

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Il est 16 h30, lorsqu’une jeune fille, âgée de 13 ans, est victime d’un accident sur la voie publique. La solidarité spontanée rassemble un groupe de personnes qui prend la décision de conduire l’infortunée vers le centre hospitalier le plus proche.

Traumatisme crânien, hémorragie, perte de connaissance, l’urgence est une évidence. Arrivé à l’hôpital, c’est la consternation. Pas de place! Il faut se diriger vers un autre centre, mais il n’y a pas d’ambulance.

Une solution de fortune est vite trouvée: prendre un taxi. Déjà, à ce stade, certaines règles, que recommandent les notions élémentaires du secourisme, lors du ramassage et de l’évacuation des blessés, dans le but d’éliminer certains risques pouvant entraîner l’aggravation de l’état de l’accidenté (par exemple, de la protection de la colonne vertébrale), ne sont pas respectées.

Dans le deuxième établissement hospitalier, il n’y a pas non plus de place, et il faut attendre 20 heures 30 minutes, pour que la jeune fille soit, enfin, reçue dans un autre établissement hospitalier, diagnostic vital totalement engagé.

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Gare de Tié-Tié, à Pointe-Noire. Il est pratiquement 18 heures. Un jeune sourd muet de retour de la prière, s’étant éloigné de son accompagnateur, ne comprend pas les appels et les gestes qui sont faits à son endroit, signalant l’arrivée, à toute vitesse, d’une draisine. Trop tard, le jeune garçon est traîné sur plusieurs mètres: une jambe est amputée, sur le champ, et une autre a des os sévèrement endommagés.

Les passants, venus à son secours, connaissent pratiquement le même schéma, à la différence près que c’est au troisième centre hospitalier qu’ils seront, finalement reçus, aux environs de 19 heures.

Seulement, sans conditionnement, sans prise en charge – il faut attendre un chirurgien qui n’arrive pas – c’est presque par miracle que le malade va survivre, avant d’être opéré, le lendemain, à 11 heures! La mort, ici, est d’une rare clémence.

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Une autre triste réalité. Une femme, dans la quarantaine, faisant l’objet d’une césarienne, va se  retrouver dans l’obligation d’être évacuée, car l’établissement hospitalier dans lequel elle se trouve est en rupture de kits prévus, dans le cadre de la gratuité de la césarienne. Orientée vers un autre centre, elle doit, pourtant, être conduite, une fois de plus, vers un troisième centre, car le bloc d’accouchement du deuxième centre est, momentanément, fermé, pour stérilisation. Il a fallu attendre le gynécologue obstétricien d’astreinte qui arrivera sur les lieux, trois heures après.

Les cas évoqués ci-dessus ne sont qu’un échantillon des situations vécues au quotidien.

Ce qui ouvre une réflexion sur la régulation de la prise en charge des urgences dans nos établissements hospitaliers, en s’interrogeant sur:

  • un organe susceptible (de façon locale, notamment) de maîtriser la situation, en temps réel, des lits d’urgences disponibles dans les établissements hospitaliers d’une même région géographique, à l’instar des Samu, autres Smur, en France.
  • la prise en charge des urgences dans les établissements hospitaliers (organisation et fonctionnement des services d’urgence et des soins intensifs). Il arrive, en effet, que le malade soit reçu, mais malheureusement, le service se trouve dépourvu des moyens adéquats en ressources humaines, en équipements et autres.

Or, un service des urgences et des soins intensifs doit être, à lui seul, un hôpital en miniature, pour éviter les déplacements intempestifs des malades non conditionnés. L’utilité des numéros de secours devant être disponibles au niveau des populations, avec la mise en mouvement des moyens appropriés (ambulance, équipes de secours, etc.).

On peut, ainsi, regarder la nécessité d’avoir en permanence, dans les services appropriés, des kits d’urgences, lesquels éviteraient des temps d’attente aux malades graves pour lesquels il faut attendre l’achat des produits et des autres médicaments par les parents.

Charles MIKOUNGUI-LOUNDOU

 Economiste/Logisticien/Administrateur de santé

Président de l’Association Espace Solidarité Santé

charlesmikoungui@yahoo.fr